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Kosovo, Serbie, la région des Grands Lacs, Burundi, Afghanistan, Cambodge, Liban… Autant de pays et régions marqués dans leur histoire récente par des crises majeures. Avec de lourdes conséquences sur les populations rurales, l’agriculture et la sécurité alimentaire. Étienne Careme, fonctionnaire principal à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), évoque son parcours de près de 30 ans au service de la coopération internationale et de l’action humanitaire.

L’humanitaire à l’horizon

Fort d’un baccalauréat en communication et d’une licence spéciale en coopération au développement de l’Université libre de Bruxelles (ULB), Étienne Careme effectue un stage de deux mois aux Nations Unies à Rome. Il rejoint un service traitant des données de la distribution alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM). Il y découvre le fonctionnement des Nations Unies. Une expérience qui fait aussi naître progressivement son intérêt pour l’action humanitaire, en particulier pour le mandat de la FAO.

De retour en Belgique, il s’engage deux ans dans l’ancienne Administration générale de la Coopération au développement (AGCD) à Bruxelles. Il participe ensuite à la création d’une organisation active dans le domaine des crises internationales, en relation avec les institutions européennes. « Occasion pour moi de me familiariser avec les institutions internationales et de saisir de premières possibilités de collaboration avec la FAO. » Des missions se profilent ; l’envol se concrétise…

L’an 2000 marque sa première affectation comme consultant auprès de la FAO : le Kosovo. « J’y ai fait mes premières armes en travaillant plusieurs mois sur le ciblage des bénéficiaires. Nous devions veiller à ce que l’assistance parvienne effectivement aux populations auxquelles elle était destinée. » Une première consultance suivie d’autres missions en Serbie et dans la région des Grands Lacs (Kenya et Burundi). « J’y ai notamment accompagné les autorités dans leur communication et dans la formulation de leurs besoins d’assistance auprès des instances des Nations Unies. »

Reconstruction en Afghanistan

De 2002 à 2008, il s’engage dans une mission plus longue en Afghanistan. Le premier régime taliban venait de chuter, laissant place aux efforts internationaux de reconstruction. « Les besoins étaient immenses. Nous avons mis en œuvre des projets d’urgence, de réhabilitation et de développement afin d’apporter une assistance au secteur agricole et d’aider les populations rurales à rétablir progressivement leurs moyens d’existence sur du long terme. » Comme pour la plupart des missions de la FAO, le travail est mené en étroite collaboration avec le ministère de l’Agriculture et ses services techniques ainsi que, dans le contexte afghan, avec les agriculteurs et les éleveurs.

Les nouvelles possibilités d’action ouvertes dans le pays n’éliminent pas pour autant le danger lié à une situation sécuritaire fragile. Les déplacements nécessitent une coordination étroite avec les autorités et responsables locaux. « Nous devions rester vigilants et faire preuve d’une grande capacité d’adaptation. La sécurité conditionnait nos déplacements, notre organisation quotidienne et, parfois, notre capacité à atteindre les communautés auxquelles nous souhaitions apporter une assistance. »

Dix années au Cambodge

En 2008, Étienne Careme rejoint le Cambodge, où il restera jusqu’en 2017. Sa plus longue affectation jusque-là et une étape majeure de sa vie professionnelle et personnelle ! Priorité à l’action dans la durée après des années consacrées aux interventions d’urgence. Son travail s’oriente notamment vers des programmes liés à la riziculture et à la pêche : domaines essentiels pour les moyens d’existence des populations rurales et la sécurité alimentaire du pays.

« Dans ce type de programme à plus long terme, les résultats ne se mesurent pas uniquement à l’assistance immédiate apportée aux populations. Il importe aussi de renforcer les capacités, d’accompagner les institutions et de créer les conditions renforçant la résilience et l’autonomie des communautés. »

Avantages de s’engager sur du long terme ? « La possibilité d’acquérir une connaissance bien plus approfondie du contexte, des institutions et des personnes avec lesquelles on collabore. En plus, on peut accompagner les projets dans le temps : en observer les effets et les difficultés qui subsistent, réajuster si nécessaire… »

Bilan heureux en fin de parcours. « Le Cambodge a représenté une partie importante de ma vie : dix années durant lesquelles j’ai consolidé mon expérience dans la gestion globale des programmes agricoles. Mais, au-delà du volet professionnel, je reste aussi profondément attaché au pays pour la richesse des relations humaines nouées tout au long de mon séjour. »

Étienne Careme
Étienne Careme

À l’épreuve des crises au Liban

En poste au Liban depuis 2018, Étienne Careme accompagne aujourd’hui les interventions de la FAO dans un pays en pleine crise. « Après les destructions considérables subies dans le sud du pays en 2024, nous espérions pouvoir inscrire pleinement notre action dans la reconstruction et le relèvement en 2025. Mais la reprise du conflit en 2026 a aggravé les déplacements, les destructions et les dommages causés aux terres et aux moyens d’existence agricoles. »

Dans ce contexte, sur la base d’une stratégie concertée avec les autorités nationales et locales, la FAO articule ses programmes autour de plusieurs priorités :

  • l’assistance d’urgence aux agriculteurs touchés ou déplacés par le conflit, notamment par des aides financières pour l’achat de semences, d’autres intrants agricoles ou de fourrage pour le bétail ;
  • le soutien aux filières agricoles, afin d’accroître leurs revenus, de renforcer leur position sur le marché, de favoriser l’organisation collective des producteurs et de faciliter l’accès aux marchés locaux et à l’exportation ;
  • le développement durable du secteur de la pêche le long du littoral libanais.

Ces appuis, à la fois techniques et financiers, s’adressent principalement aux petites exploitations agricoles vulnérables. « Ce que j’aime le plus dans ce travail, c’est d’aller à la rencontre des bénéficiaires et de comprendre leurs besoins, qu’il s’agisse d’agriculteurs isolés, de coopératives ou d’autres organisations de producteurs. À chaque programme, un enjeu critique lié à des personnes, des familles et des moyens d’existence à préserver. »

Sur place, la vie sociale et les déplacements s’adaptent sans cesse à la situation sécuritaire. « En l’absence de menaces annoncées par les informations, nous pouvons sortir, prendre un verre ou aller au restaurant. Mais notre quotidien est rythmé par les alertes de sécurité qui sont, en quelque sorte, notre météo des risques. » Témoin proche de plusieurs épisodes dramatiques, Étienne Careme s’astreint, comme une grande partie de la population de Beyrouth, à l’obligation de vigilance. Même lorsque la vie quotidienne reprend ses droits…

De nouvelles perspectives

À risques élevés, protection élevée. « Mon affiliation à la SSOM me conforte dans l’idée d’un lien que je maintiens avec la sécurité sociale belge, robuste depuis des générations. »

Après huit années au Liban, Étienne Careme réfléchit naturellement à la prochaine étape de son parcours. « J’aimerais pouvoir mettre cette expérience au service de responsabilités accrues, éventuellement comme chef de bureau, ou découvrir une nouvelle affectation. Avec un penchant marqué pour l’Asie du Sud-Est. »

En marge de son parcours au sein des Nations Unies, il s’est également formé au coaching en santé. « Je peux ainsi aider directement une personne à mieux comprendre ses besoins et à prendre soin de son bien-être. Un domaine qui prolonge en quelque sorte, à l’échelle individuelle, mon intérêt pour l’accompagnement humain en vue de changements concrets. »

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